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La perspective actionnelle dans l’enseignement précoce du français langue étrangère (FLE)

Actualizado: 8 nov 2020

Projet d’une didactique du FLE pour enfants de 5-8 ans. Cas du Centre d’Études linguistiques Avec Toi (CELAT) –Mexique-.





La quasi-totalité de la réflexion didactique actuelle sur l’enseignement des langues étrangères a pour socle la dimension culturelle dont l’émergence a été consacrée, pour la plupart des chercheurs (R. Galisson, G. Zarate, M. Abdallah-Pretceille, M. Byram, J.C. Beacco ou D. Lussier) sous la dénomination de didactique des langues et des cultures. Le Conseil de l’Europe soucieux d’une cohésion sociale harmonieuse dans un contexte pluriculturel, a mis en vigueur un cadre de référence qui permet un acquis de la langue par le biais des savoirs et savoir-faire culturels, interculturels ou pluriculturels. Une telle initiative laisse croire qu’apprendre une langue étrangère consiste à construire des rapports d’altérité. Plus encore, à la prime enfance, se pose la question de savoir comment réussir l’intercompréhension des langues qui s’impose indissociablement au processus d’apprentissage des langues étrangères ? Comment y procéder lorsqu’on doit adopter la perspective actionnelle par laquelle l’apprenant est un acteur social ? En d’autres termes, l’enfant dont l’âge vacille entre 6-8 ans jouit-il de repères identitaires solides au point de distinguer les différences et apprécier la diversité ? En quoi consiste le développement de la compétence interculturelle dans la didactique du FLE précoce ? Sont autant de questions que cette réflexion tente d’aborder afin de proposer un nouvel éclairage sur l’enseignement du FLE précoce au CELAT.

Dans un premier temps, nous aborderons l’enseignement du FLE précoce comme un éveil au langage, ensuite nous mettrons en évidence la méthodologie actuelle du FLE au CELAT. Enfin, nous montrerons l’impact de la perspective actionnelle dans le développement de la compétence de communication interculturelle en classe de FLE primaire.

La classe de FLE enfants (5-8 ans) au CELAT propose aux enfants mexicains dont la langue maternelle ou première est l’espagnol un enseignement du français langue étrangère considéré comme discipline dans un cadre horaire de cent minutes par semaine. Cet enseignement vise, globalement, l’acquisition des compétences en matière d’interactions communicatives. Il est assuré par deux enseignants formés en didactique du FLE, très peu expérimentés pour le public enfantin.


Au CELAT, l’espagnol, l’anglais et le français coexistent comme langues au service de la communication et de l’apprentissage, bien que l’espagnol soit la langue prédominante pour le contexte. L’apprentissage du français se fait à travers des situations de communication ayant trait avec la vie quotidienne et des intérêts des élèves.


Le cadre de référence de l’éducation au CELAT est personnaliste, car il rend possible le développement intégral de l’enfant (intellectuel, spirituel, psychoaffectif, relationnel y multiculturel). L’élève dans ce modèle éducatif est introduit à la logique des opérations mentales ou intellectuelles concrètes par lesquelles il est amené à développer les habiletés sociales et civiques qui constituent la base de la convivialité et du travail coopératif en classe. Le premier pas de ce processus didactique repose donc sur la coopération, laquelle suppose l’ouverture aux autres, la confiance en soi et aux autres, la reconnaissance des autres et se sentir reconnu. Cependant, ceci n’est pas toujours une tâche aisée, car l’enfant de cet âge mène une vie intérieure intense remplie de fantaisies. Pour réussir cette première étape, le modèle du CELAT s’appuie sur cette vie fantaisiste de l’enfant pour développer plus sa créativité sociale. C’est donc un enseignement qui n’anéanti pas la fantaisie, mais au contraire il s’en sert pour l’éducation de l’imagination par le moyen de la lecture des fables, contes, légendes, l’art et le jeu.


Par ailleurs, il faut noter qu’à cet âge, l’enfant est passionné, ébloui par tout ce qui est nouveau. Cette qualité permet donc à l’enseignement de se former de nouvelles habitudes ou de s’acquérir de nouvelles connaissances. Le moyen pour y parvenir peut-être l’aspect ludique. Le jeu entendu comme une expression naturelle de créativité, car jouer c’est se doter de l’ardeur et l’ambition d’imiter, c’est exprimer le désir de répéter, c’est enfin trouver la satisfaction dans l’apprentissage. Le jeu en classe de FLE primaire est un moyen pour apprendre autrement en respectant le processus de développement humain, intellectuel et social de l’apprenant.


La méthodologie du FLE primaire au CELAT (cf. J.M. Mvogo : 2015) prend en considération le profil de l’élève et les besoins éducatifs relatifs à l’âge. Pour ce faire, elle consiste de manière générale à :

1) Equilibrer l’intelligence verbale et l’intelligence pratique par le biais de l’élaboration et réalisation des activités manuelles de perspective sociale, écologique, etc.

2) Enseigner l’observation et l’écoute pour éduquer les sens (vidéos, chants, lectures)

3) Enseigner à jouer de manière coopérative en stimulant le passage du jeu au travail (Apprendre en jouant, parler pour jouer, comprendre pour interagir, écrire pour créer).

4) Enseigner à gérer les émotions dans le processus d’apprentissage, car elles jouent un rôle important dans l’acquisition des savoirs et savoir-faire.

5) Enseigner les vertus pour vivre ensemble : l’écoute active, l’hygiène mentale et corporelle, le respect de l’autre et l’environnement, la justice, etc.

6) Enseigner l’ouverture au Monde (l’aspect interculturel).

7) Enseigner l’intercompréhension (récupérer la langue maternelle et s’en servir comme langue d’appui).


L’évaluation des acquis, dans la méthodologie FLE primaire au CELAT, couvre les quatre habiletés discursives des langues, à savoir :

a) L’écoute comme acte créatif et relationnel ;

b) Le dialogue comme expression et communication : « Parler pour pouvoir jouer ».

c) La lecture comme acte d’interprétation et d’appropriation

d) L’écriture comme ouverture au Monde, « sortir de soi ».


À la question de savoir, s’il y a une raison valable pour laquelle, l’enfant mexicain de 5-8 ans doit est soumis à l’apprentissage d’une langue étrangère, l’on peut objecter, à juste titre, avec (Hélène Vanthier, L’enseignement aux enfants en classe de langue ; Clé International : 12-13) en disant : « les langues doivent désormais faire partie d’un « socle commun de compétences » que tout élève doit acquérir au cours de son parcours scolaire. Dans cette société en mutation, l’individu ne peut plus se limiter à apprendre à « lire, écrire, compter ». Les savoirs « utiles » sont multiples et l’acquisition d’une langue relève dorénavant de la culture de base de l’enfant ».


L’enseignement du FLE aux enfants a donc des atouts divers, il permet d’ouvrir l’enfant sur les autres et sur le monde ; évidemment développer des compétences communicatives, développer la conscience métalinguistique de l’enfant. Cet enseignement est construit à partir du contexte et de la situation motivationnelle des apprenants. L’on peut remarquer la diversité des approches méthodologiques et didactiques qui caractérisent ce modèle d’action éducative et pédagogique, notamment:

1) Une pédagogie de la tâche ancrée dans la perspective actionnelle proposée par le CECR (Cadre Commun Européen de Référence pour l’apprentissage et l’évaluation des langues vivantes).

2) L’approche ludique : apprendre en jouant.

3) L’approche interculturelle.

4) L’approche interdisciplinaire.


Cependant, il est opportun de soulever le paradoxe que regorge la dimension pratique du modèle éducatif du CELAT. L’on note qu’en réalité l’apprentissage du FLE primaire au CELAT se caractérise par une centration sur les connaissances délivrées par les professeurs et sur la réussite aux évaluations. Cela dit, bien que l’enseignement au CELAT s’autoproclame comme basé sur le constructivisme, il n’en demeure pas moins qu’elle pactise encore avec l’enseignement centré sur l’enseignant. Pour justifier ce brassage méthodologique, les enseignants du FLE au CELAT s’appuient sur le fait élèves affirment découvrir la langue française seulement à l’école et donc le seul locuteur francophone qu’ils connaissent est leur enseignant (e).


D’autre part, Il faut signaler que les notes obtenues dans les examens sont l’unique moyen pour les parents de se rendre compte de la progression ou non de leur progéniture. Mais alors les notes reflètent-elles toujours les acquis ? Exiger des notes d’excellence comme preuve d’un apprentissage réussi peut-être frustrant et démotivant pour les enfants. Face à cette situation doit-on encore considéré l’apprenant comme un « acteur social » ayant à accomplir des tâches dans des circonstances et un environnement donnés (Conseil de l’Europe, 2000 : 15) ?

L’approche actionnelle à partir de la méthode Avec Toi niveau A1.1 a été introduite aux cours de FLE au CELAT afin de répondre à un besoin : les enfants apprennent le français afin d’agir/interagir avec des locuteurs francophones. Comment appliquer les principes de la perspective actionnelle dans le contexte d’enseignement du FLE pour enfants au CELAT tout en prenant en compte les habitudes d’apprentissage ? Quels sont les intérêts pédagogiques de l’apprentissage par l’action ?

Une mise en application de la perspective actionnelle en FLE pour enfants au CELAT reposera sur:


1. Le rôle de l’enseignant : fournir, faire trouver ou construire, selon les circonstances, les outils nécessaires pour résoudre une situation-problème. Il s’agit d’une construction du savoir et non une réception/application du savoir.


2. La tâche : permet aux apprenants d’utiliser la langue dans une situation proche de la réalité. Elle implique un problème/une situation à résoudre ou un but, elle doit être contextualisée et complexe (Denyer, 2003 : 151). La tâche est l’aboutissement du processus d’acquisitions des connais­sances et compétences nécessaires pour réaliser la tâche.


3. Le projet : selon Claire Bourguignon la notion de projet dans la perspective actionnelle est un processus qui se déroule dans un contexte donné et est soumis à un ensemble de contraintes. Travailler en projet est un mode d’organisation particulier qui permet de réussir la réalisation de tâches complexes à condition de respecter une certaine démarche. (Bourguignon, 2009 : 58).


4. Dans l’approche actionnelle, l’objectif est d’utiliser la langue avec confiance et efficacité avec d’autres locuteurs. Pour apprendre une langue, les apprenants doivent l’utiliser librement, sans avoir peur de faire des erreurs de syntaxe. L’important est de se faire comprendre et de comprendre l’autre pour agir/interagir. Les enseignants doivent donc aider les enfants à utiliser la langue sans avoir peur de faire des erreurs.


5. Dans l’approche actionnelle, les interactions entre apprenants et entre apprenants-enseignant sont inévitables car elles favorisent la convivialité y la coopération, enrichissent la créativité et l’originalité. Ainsi, l’enseignement/apprentissage d’une langue étrangère n’a pas uniquement pour objectif de faire acquérir des connaissances langagières ou communicatives, il peut aussi offrir une formation plus humaine et intellectuelle.


6. Encourager et motiver les enfants : ceux-ci sont plus motivés par la découverte des aspects culturels et le développement de la confiance en eux par la pratique de la langue étrangère, les interactions avec les locuteurs francophones, et par l’achèvement du projet.

En guise de conclusion, rappelons avec Hélène Vanthier que

« l’apprentissage des langues est devenu un véritable enjeu dans un monde où la communication multilingue est devenue nécessaire. On parle aujourd’hui de la nécessité pour tout citoyen de demain de connaître deux langues en plus de sa langue maternelle… en matière d’éducation on reconnait largement aujourd’hui qu’on ne saurait être cultivé si l’on n’est pas capable de parler, comprendre et lire au moins une autre langue que la sienne. La pression sociale est par conséquent très forte, les parents souhaitant doter leurs enfants le plus tôt possible des atouts qui leur garantiront une bonne intégration à la vie économique et culturelle ainsi qu’une meilleure compréhension du monde. » (p. 12).

Cette nécessité d’apprendre les langues est corrélative au besoin d’agir avec les autres, soit pour faire société avec les autres, soit pour travailler avec les autres (cf. Puren C, 2007).

Vu dans cette perspective, le FLE précoce reste un enjeu éducatif pour la construction d’un monde de plus en plus interconnecté, multilingue et multiculturel.


L’étude sur la mise en application de la perspective actionnelle dans le processus didactique FLE précoce au CELAT nous conduit à :

a) penser que les actions ou tâches visant à produire des effets de conscientisation (et même d’intercompréhension) doivent prendre en considération des représentations et explications données qui s’appuient sur la mémoire collective. C’est donc à partir des prises de conscience successives que l’enfant s’éveille au sens des solidarités, renforce ses liens sociaux, apprend à faire et être en société.

b) Concevoir l’éveil aux langues comme un droit fondamental et une expérience fondatrice à pouvoir exprimer et développer les potentialités, communiquer avec les semblables, acquérir l’autonomie et se forger une identité pour mieux se situer dans un monde de plus en plus complexe.

c) Comprendre que le FLE précoce (en perspective actionnelle) contribue au développement des facultés intellectuelles, la maturation affective, l’acquisition de savoirs et savoir-faire, le sens de l’initiative et des responsabilités, la production de significations et valeurs, l’apprentissage des différences, des solidarités par l’expérience de l’altérité.

Références bibliographiques

BOURGUIGNON, C. 2009. « L’apprentissage des langues par l’action ». L’approche actionnelle dans l’enseignement des langues : douze articles pour mieux comprendre et faire le point, p.50-77.

CONSEIL DE L’EUROPE (2000), Cadre européen commun de référence pour les langues.

DENYER, 2003, « La perspective actionnelle définie par le CECR et ses répercussions dans l’enseignement des langues », in L’approche actionnelle dans l’enseignement des langues : douze articles pour mieux comprendre et faire le point, p. 141-157. Paris: PUF.

MVOGO ONANA J.M. (2015), Proyecto educativo de Possenti. Perfil de primero de primaria. (Document disponible dans la bibliothèque du collège).

PORCHER L. & ABDALLAH-PRETCEILLE M. (1996). Éducation et communication

PUREN, C., « De l’approche par les tâches à la perspective actionnelle ». Les cahiers de l’APLIUT, n° 23, p.126-130.

PUREN, C., 2006. « De l’approche communicative à la perspective Actionnelle », Le Français dans le Monde, n° 347, p.37-40.

VANTHIER H., L’enseignement aux enfants en classe de langue ; Clé International, p.p. 12-13, cité par KOULAYAN N. (2016), Didactique des langues : modèles et action (cours magistral en ligne : http://e-cursus.univ-ag.fr/course/view.php?id=524)

Auteur: Jean Martin Mvogo Onana, professeur de DDL


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