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Le journalisme et la vérité

Alfonso Portilla, étudiant au Celat, niveau B2

Le journalisme a toujours entretenu un rapport complexe avec la vérité, même si les conditions de ce rapport ne sont pas immuables. Historiquement, le journalisme a été considéré comme une profession corrompue, gangrenée, mafieuse, qui ne méritait pas de l’acceptation publique. Même si cette conception dévalorisante du journalisme a changé depuis quelques années, notamment après le scandale du Watergate, et l’on a commencé à valoriser la description empirique des événements sur l’interprétation de ceux-ci, le journalisme a toujours une relation compliquée avec la vérité.


Pour commencer, ce que l’on appelle la « vérité » n’est que le résultat d’une perception subjective qui peut changer selon ce qui la vit. Le journaliste n’a pas la chance d’analyser un événement impartialement, depuis un point de vue « scientifique » ou « historique », parce qu’il considère les événements quand ceux-ci ne sont pas encore finis et leurs conséquences ne sont pas encore évidentes. La pression qu’exerce le temps somme le journaliste d’utiliser les ressources limitées qui sont à sa disposition pour écrire un article selon sa compréhension de l’événement au détriment de la vérité « totale » ou « absolue », qui n’est pas à portée de sa main et qui ne le sera jamais autant que cet événement sera une nouvelle. Le journaliste, comme le reste des êtres humains, vit une « vérité » relative à ses sources, à l’endroit où il se trouve et aux personnes avec lesquelles il communique, en créant une différence entre ce qu’il a vu et ce qui s’est passé, ce qui est véritable et ce qui est vérifié.

De plus, les exigences déontologiques du journalisme ne correspondent pas toujours avec la réalité. Comme dans toutes les professions, on espère que les journalistes montrent un sens de fraternité et d’honneur professionnels entre confrères. Cependant, à différence des autres professions, le journalisme a une certaine compétitivité qui lui est propre et qui peut arriver à compromettre sa déontologie, puisque le fait de publier une nouvelle quelques minutes avant un autre journaliste peut être le seul facteur qui détermine si cette nouvelle réussira. En outre, le journaliste ne peut publier une nouvelle avec des données inappropriées, car le lecteur somme le journaliste de commenter les faits et de publier seulement ceux d’une nature claire et précise, qui peuvent attirer l’attention de tout le monde.

Finalement, il faut aussi considérer que le journalisme doit souvent faire face à de nombreux conflits d’intérêts, surtout liés à la politique et au pouvoir que le journaliste a dans les divers médias. La déontologie journalistique demande que le journaliste n’utilise pas ses influences et ses relations si celles-ci peuvent arriver à être exploitées. Pourtant, il est souvent encouragé, voire forcé de publier des nouvelles partiales et fallacieuses qui favorisent quelque partie d’une affaire ou de cacher des informations qui lui seraient préjudiciables. Par ailleurs, on ne veut pas que le journaliste interfère avec le développement des entreprises comme s’il était policier, mais on l’incite à s’en mêler afin qu’il trouve toutes les informations pertinentes, même s’il doit parfois contrevenir au droit de la privacité pour l’atteindre.

En conclusion, le journalisme est aujourd’hui une profession condamnée à une interminable contradiction entre les expectatives que la société a du journaliste et ses valeurs déontologiques. Par conséquent, le rapport entre le journalisme et le concept de la « vérité », soit-elle totale ou partielle, ainsi que toutes les implications sociales et politiques que celle-ci entraîne, ne peut se ramener à une relation simple, en noir et blanc, dont il est possible de faire une analyse objective et obtenir une seule conclusion. Peut-être aujourd’hui, ce rapport est d’une complexité plus élevée que jamais.

Références :

(1939). Charte des devoirs professionnels des journalistes français (2e éd.).

Dutourd, J. (1958). L’information est le contraire de ce qu’elle veut signifier. « Le Fond et la Forme ».

Guillebaud, J.-C. (1989). La démarche du journaliste. « Le Nouvel Observateur ».

Hitchcock, A. (1954). Fenêtre sur cour (“Rear window”).

Lacouture, J. (1990, septembre). Rien que la vérité ou toute la vérité ? UNESCO.

Rémond, A. (1983, 1er juin). Théâtre de papier. « Télérama ».

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